Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication
Travailler au Japon impose d’abord d’identifier la nature exacte de l’activité : réunion professionnelle, emploi local, mission artistique, stage, télétravail, mutation ou contrat avec une entreprise japonaise. La durée du séjour ne suffit pas à trancher. Une activité de moins de 90 jours peut exiger un statut de travail, tandis qu’un déplacement professionnel court peut rester compatible avec l’exemption de visa.
Le Japon ne traite pas de la même façon une réunion d’affaires, un tournage, une mission d’enseignement, un stage, un emploi salarié ou du télétravail depuis un logement japonais. Le ministère japonais des Affaires étrangères distingue plusieurs catégories de séjour selon l’activité exercée, notamment les statuts de professeur, artiste, journaliste, business manager, chercheur, instructeur, engineer/specialist in humanities/international services, intra-company transferee, entertainer, skilled labor ou specified skilled worker.
Avant de signer un contrat, de réserver un billet ou d’accepter une mission, l’activité doit être décrite sans ambiguïté : qui bénéficie du travail, où il est effectué, qui rémunère, quelle structure accueille au Japon, quelle durée est prévue et si une production, prestation, représentation ou intervention publique a lieu sur place.
Les ressortissants français peuvent en principe entrer au Japon sans visa pour un court séjour de 90 jours maximum. L’ambassade du Japon en France cite, parmi les motifs de court séjour, les réunions, conférences, symposiums, stages linguistiques, audits, maintenance ou service après-vente.
Cette exemption ne vaut pas comme autorisation générale de travailler. Le ministère japonais des Affaires étrangères précise que l’exemption de visa concerne les personnes qui ne s’engagent pas dans des activités générant un revenu au Japon. Dès qu’une activité dépasse le cadre d’un déplacement professionnel ponctuel, le statut applicable doit être vérifié avant le départ.
Pour travailler pour une entreprise, une école, une université, un média, une structure culturelle ou un organisme situé au Japon, le dossier ne se résume pas à une demande individuelle déposée en France. Dans la plupart des cas de travail ou de long séjour, l’ambassade du Japon en France indique qu’un Certificate of Eligibility doit être obtenu au préalable au Japon.
Ce document est demandé par l’organisme d’accueil : employeur, école, université, promoteur, fixeur ou autre structure compétente selon le projet. L’ambassade précise qu’elle ne peut pas trouver cet organisme, vérifier les documents destinés à l’Immigration japonaise, intervenir dans l’examen du dossier ou accélérer la procédure.
Le CoE n’est pas un visa. Une fois obtenu, il sert à déposer la demande de visa auprès de l’ambassade ou du consulat compétent. Il doit aussi être utilisé dans les trois mois suivant son émission pour demander le visa et entrer sur le territoire japonais.
Un séjour professionnel court peut tout de même relever d’un statut de travail. L’ambassade du Japon en France indique que les concerts, tournages, documentaires, publicités, films, reportages journalistiques, compétitions ou courses sportives professionnelles, mannequinat et représentations théâtrales nécessitent un visa de travail.
La rémunération depuis la France ne suffit pas à rendre l’activité compatible avec un court séjour. Pour un documentaire réalisé au Japon, l’ambassade indique qu’un visa de travail via un Certificate of Eligibility est nécessaire, même si le séjour dure moins de 90 jours et que la rémunération vient de France.
Un stage n’est pas automatiquement couvert par le court séjour. L’ambassade classe les stages diplômants parmi les motifs pouvant relever d’un CoE. Elle distingue notamment les stages rémunérés ou fortement indemnisés, et les stages non rémunérés ou faiblement indemnisés, qui peuvent relever d’un autre type de statut.
Trois points doivent être clarifiés avant d’accepter une convention : qui dépose le dossier au Japon, quel statut de résidence est visé, et si l’activité prévue correspond bien au contenu déclaré. Le montant de l’indemnité ne suffit pas à lui seul à sécuriser le départ.
Le visa digital nomad permet de travailler à distance depuis le Japon pour une durée maximale de six mois. Le ministère japonais des Affaires étrangères précise que cette durée n’est pas prolongeable.
Ce statut ne permet pas de transformer un séjour en emploi local. Il vise le travail à distance et impose notamment de justifier un revenu annuel d’au moins 10 millions de yens, ainsi qu’une assurance couvrant décès, blessure ou maladie pendant le séjour, avec une couverture médicale d’au moins 10 millions de yens.
Le projet doit être formulé en une phrase concrète : assister à des réunions, tourner un documentaire, être muté par une entreprise, enseigner, télétravailler pour une société étrangère, effectuer un stage diplômant ou participer à une représentation. Cette formulation permet d’identifier le statut à vérifier.
Si l’activité correspond à un court séjour professionnel classique, l’exemption de visa peut suffire sous réserve de respecter les conditions d’entrée. Si l’activité implique emploi local, représentation, tournage, stage encadré, travail rémunéré, organisme d’accueil japonais ou séjour de plus de 90 jours, le dossier doit être traité avant le départ.
L’organisme d’accueil gère la partie japonaise du CoE auprès de l’Immigration. L’ambassade ou le consulat intervient ensuite pour la demande de visa. Les cas particuliers comme digital nomad, JET ou J-Find suivent leurs propres conditions et doivent être vérifiés sur la page officielle dédiée.