L’alliance politique PLD–Ishin relance le projet d’Osaka capitale secondaire

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L’accord de coalition signé le 20 octobre 2025 entre le Parti libéral-démocrate et le Parti de l’innovation japonaise prévoit la création d’un groupe de travail sur la capitale secondaire. Un projet de loi devrait être soumis au vote lors de la session ordinaire de la Diète en 2026, marquant la résurgence d’un débat vieux de plusieurs décennies sur la décentralisation des fonctions gouvernementales japonaises.

Une menace sismique qui justifie la décentralisation

Tokyo concentre l’ensemble des fonctions administratives centrales dans une zone exposée à un risque sismique majeur. En septembre 2025, le comité de recherche sur les séismes a révisé ses estimations : la probabilité d’un mégaséisme dans la fosse de Nankai est désormais établie entre 60 et 94,5% dans les 30 prochaines années. Ce tremblement de terre, d’une magnitude estimée entre 8 et 9, pourrait causer jusqu’à 298 000 décès et des pertes économiques atteignant 270 trillions de yens selon le rapport du Cabinet Office publié en mars 2025, un chiffre qui monte à 292 trillions en incluant les dommages aux infrastructures de transport.

Le projet de capitale secondaire vise à empêcher la paralysie des fonctions essentielles de l’État en cas de catastrophe majeure ou d’attaque terroriste frappant Tokyo. Les mégaséismes surviennent historiquement dans cette zone tous les 90 à 150 ans, le dernier datant de décembre 1946 avec une magnitude entre 8,1 et 8,4.

Un projet négocié comme condition de coalition

Le Parti de l’innovation japonaise a fait de la législation de ce projet une demande clé pour entrer en coalition avec le Parti libéral-démocrate. L’idée d’Osaka comme capitale secondaire avait émergé après le Grand séisme de l’est du Japon en mars 2011. Ishihara Shintaro, alors gouverneur de Tokyo, et Hashimoto Toru, gouverneur de la préfecture d’Osaka et fondateur du JIP, avaient convenu en juillet 2011 du principe : Tokyo comme capitale, Osaka comme capitale secondaire.

Après 14 ans de latence politique, le projet ressurgit dans l’accord signé par Sanae Takaichi et Hirofumi Yoshimura. L’accord stipule explicitement l’établissement d’un système de secours pour les fonctions de gestion de crise de Tokyo et la promotion du développement multipolaire régional, avec un groupe de travail conjoint créé dès la session extraordinaire de la Diète pour définir les rôles de la capitale et des capitales secondaires.

Le plan métropole d’Osaka, obstacle majeur

Selon le projet présenté par le JIP en septembre 2025, la capitale secondaire ne se limiterait pas à assurer les fonctions nationales en cas d’urgence, mais deviendrait également un moteur de croissance économique. Les préfectures pourront soumettre leur candidature, celle sélectionnée bénéficiant d’assouplissements réglementaires et d’incitations fiscales.

Cependant, la réalisation du plan métropole d’Osaka constitue un prérequis pour obtenir le statut de capitale secondaire. Ce plan propose d’abolir le gouvernement de la ville d’Osaka et de réorganiser ses 24 arrondissements en circonscriptions administratives spéciales, sur le modèle des 23 arrondissements de Tokyo. Or, les électeurs d’Osaka ont rejeté ce plan par référendum en 2015 et 2020.

Les experts estiment que le JIP cherche à utiliser l’agenda national de la capitale secondaire comme levier pour obtenir la justification d’un troisième référendum local. Sans l’adoption du plan métropole, Osaka ne pourrait prétendre au statut de capitale secondaire.

Des coûts estimés entre 4 et 12 trillions de yens

Le projet soulève des questions financières majeures. Le JIP ne précise pas le coût concret, mais selon les estimations du Conseil pour la relocalisation de la Diète en 1997, déplacer uniquement la Diète et les installations connexes coûterait plus de 4 trillions de yens, tandis que relocaliser toutes les organisations administratives actuelles nécessiterait 12,3 trillions de yens.

Ces montants représentent une part substantielle du budget national. Takahide Kiuchi, économiste en chef du Nomura Research Institute, prévient : « Étant donné les dépenses considérables, un examen coûts-bénéfices prudent est nécessaire ». Il ajoute que si population et entreprises se concentrent excessivement à Osaka, cela pourrait créer de nouveaux problèmes de concentration urbaine, comme la flambée des prix immobiliers ou l’inefficacité administrative.

Une stratégie politique risquée pour la coalition

L’alliance entre le PLD et le JIP constitue une coalition inhabituelle. Le JIP, basé à Osaka, soutiendra le PLD de l’extérieur sans détenir de portefeuille ministériel. Cette configuration rappelle d’autres coalitions fragiles du passé japonais, où des désaccords politiques ont mené à des ruptures rapides.

Le plan de capitale secondaire divise au-delà de la région du Kansai. Comme le souligne le Sankei Shimbun, « il n’est pas certain qu’une large compréhension puisse être obtenue des électeurs en dehors de la région du Kansai », alors que l’allègement du fardeau financier des citoyens face à l’inflation constitue une tâche urgente.

Les marchés financiers ont néanmoins réagi positivement : les actions des entreprises ferroviaires et de construction basées à Osaka ont progressé le 20 octobre 2025, Hankyu Hanshin Holdings atteignant un nouveau sommet annuel.

Un débat historique sur la localisation de la capitale

Les discussions sur le déplacement de la capitale ne sont pas nouvelles. Le Japon a historiquement relocalisé sa capitale lors de changements majeurs : Nara en 710, Kyoto en 794, puis Tokyo à partir de 1868. La Diète japonaise a adopté le 7 novembre 1990 une résolution sur la relocalisation des fonctions gouvernementales, suivie d’un rapport du comité d’enquête en décembre 1995 qui identifiait plusieurs sites potentiels de Tochigi et Fukushima à l’est, jusqu’à Gifu ou Nara à l’ouest.

Plus récemment, en mars 2023, l’Agence des affaires culturelles a déménagé de Tokyo vers Kyoto, marquant la première fois depuis l’ère Meiji qu’un organisme du gouvernement central quittait la capitale. Cette relocalisation visait à corriger la concentration excessive des bureaux gouvernementaux à Tokyo et à revitaliser les communautés locales.

Le projet de capitale secondaire prévoit une délocalisation plus ambitieuse de certaines fonctions de la Diète et des agences gouvernementales, permettant une période transitoire avec un système de double capitale où les fonctions seraient partagées entre Tokyo et Osaka.

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